LA VENTE AU CARREAU
 
Il  faut restituer le contexte de l'époque pour comprendre l'ambiance du carreau du temple et ses méthodes.
 
Les clients n'étaient pas habitués ni au confort ni aux sollicitations d'aujourd'hui. Pas d'internet ou de magasins discounts ni de harcèlements sms. La consommation n'était pas la même : il y avait une recherche de qualité plus que de prix à tous crins, même pour ceux qui n'avaient pas de gros moyens. Ainsi il n'était pas rare de voir des gens dépenser l'équivalent d'un mois de salaire dans des vêtements de cuir ou fourrure... 

A coup sûr, on achetait moins souvent et en moins grande quantité mais avec un plus grand soucis de qualité.
De plus les centres commerciaux étaient moins répandus, surtout en province, ce qui poussaient les provinciaux à venir "faire une affaire". Puis au carreau il y avait comme un air de fête, un parfum de folklore. Les clients venaient aussi pour cela. Rien à voir avec les consommateurs blasés qui errent comme des zombis dans les galeries commerciales d'aujourd'hui.

Autre paramètre, le métier de vendeur.
A l'époque pas ou peu d'écoles de commerce, ni de formations d'entreprise. Le vendeur était considéré comme un "baratineur", plutôt instable, à tel point qu'il était difficile d'obtenir des crédits auprès des banques, ces mêmes banques qui aujourd'hui n'emploient que des vendeurs !!

Bien que les années 80 annoncent l'arrivée de nouveaux "entrepreneurs bronzés", les années 90 de la communication, où la fièvre acheteuse décomplexera les consommateurs français, puis les années 2000, années fric, paradis des financiers et autres actionnaires, il faut rappeler que les années 80 étaient encore majoritairement influencées par une maxime française des années 70 : "on n'a pas de pétrole mais on a des idées !" Sous entendu qu'il est mieux de savoir que savoir faire ! Nos enfants seront avocats, medecins, ingénieurs, informaticiens, voire travailleront dans l'administration ou la "banque", ce qui à l'époque était un peu pareil !! Les vendeurs dans tout ça ? Il est bon d'en avoir parmi ses amis car ils animent bien les réunions de famille !! Alors on mettra nombres d'années à comprendre qu'aussi bons soient nos produits, il serait bon de les vendre !!

C'est donc dans ce contexte que le carreau du temple était reconnu comme la meilleure école de vente. C'était une référence, un laisser-passer, une garantie professionnelle.

Pourquoi tant de reconnaissance ?
Certainement parce que la vente y était difficile en partie dûe aux conditions de travail et à la prosmicuité.

 
Imaginez vivre dans un lieu sans mur, où vous voyez tout ce que font vos voisins : ce qu'ils mangent, ce qu'ils regardent à la télé, quand ils s'embrassent, ce qu'ils gagnent... Le carreau s'était çà ! Quand vous déballiez vos produits le matin c'est aussi un peu votre vie que vous exposiez, et à coup sûr votre vie professionnelle. Quelques centaines d'yeux étaient braquées sur vous, surtout ceux de vos concurrents directs, pour épier vos gestes, vos contacts, vos fournisseurs, vos clients.

Car tout commençait par çà ! Etre à l'affût de la moindre nouveauté, du produit qui va se vendre. La réactivité était un des mots d'ordre. Si votre fournisseur n'avait pas anticipé, il fallait lui remonter l'information pour qu'il se débrouille à son tour pour se mettre à jour. En langage clair, s'il n'avait pas le bon modèle fallait qu'il se dépêche de le "pomper" !

Dans les conditions de travail, outre cet environnement hostile, il faut tenir compte des matériels utilisés (l'étalage) plus que rudimentaires, puis des conditions climatiques, qui dans un tel lieu, avaient une importance prépondérante sur les vendeurs mais aussi sur les clients.

Voilà pour le contexte qui est sans nul doute à l'origine de la technique de vente employée. Une tradition aussi héritée d'une longue histoire comme on l'a vu précédemment. Ce savoir-faire s'est étendu aux quatre coins de la capitale et en particulier à proximité, dans la rue Dupetit Thouars, où des commerces se sont créés employant les mêmes méthodes. S'il m'est difficile de séparer les deux, le Marché et la Rue, puisque j'ai commencé dans la rue avant de poursuivre au marché, ce n'était pas le cas pour tous les acteurs qui étaient comme chien et chat. L'avenir prouvera que leur sort était lié malgré ce qu'ils pensaient.



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